textes d'atelier

Commencer ses phrases par petite........

            PETITE …

Petite, les coco Bauer donnaient à ma langue un goût magique et les boites de toutes les couleurs brillaient comme des boules de noël.
Petite, je voulais partir sur un bateau, mais je savais qu’il resterait à quai
Petite, je savais que la mort existait, alors je mourrais chaque soir, étendue sur mon lit, me persuadant que si mourir c’était se laisser glisser dans un long sommeil, je ne devais pas avoir peur.
Petite, je rêvais de devenir grande et quand je serai grande j’oublierai que j’ai étais petite.
Petite, j’avais la certitude qu’on ne n’oubliait jamais les gens qui croisaient notre chemin et qu’un jour on les retrouvait, où qu’ils soient.
Petite, je croyais que tout était permis, que rien ne pouvait être grave, justement parce qu’on est petit
Petite, je croyais que ça allait durer toute la vie
Petite, j’allais traire les vaches à la ferme voisine, mais j’étais triste car je pensais que les veaux n’auraient plus de lait.
Petite, j’ai appris que la jalousie existe, et la différence aussi.
Petite, j’ai prié beaucoup, pour mon frère, pour mon chien, pour mon lapin et pour moi, mais je ne sais plus pourquoi…
Petite, ai-je été petite ? Petite, j’avais des rêves.
Petite, je ne voulais pas tout comprendre pour ne pas que les vérités se figent.

30/03/2005


 

Des mots et des phrases imposées, en créer un texte en gardant la phrase de fin

RENCONTRES

La pluie, pluie d’été, pluie intérieure, pluie des choses possibles : que de mémoire dans une galette plate. Celle que nous dégustions en janvier, quand chez Langage, nous nous retrouvions. Nous appelions cela « les rencontres ». Bruits d’écrivains, lignes de fond. Amoureux du fond et de la forme, c’est à midi qu’arrivèrent les breaks, une longue file scintillante. Au grand galop de mon cheval imaginaire, je paradais parmi les ventilateurs éteints quand ils entrèrent.

De la mesure de la pluie, je n’entendis plus rien : simplement l’intérieur des choses.

Digne, j’allais m’approchant du biblique des livres. Rencontre et langage, tel était le programme de ce week-end. Bruit de langue, brouillons et autres lignes, possibles formes, tout y passerait. Les livres que le père trouvait dans les trains de banlieue s’entassaient sur les étagères. Ils nous servaient de point de départ quelquefois. Eclats de rire et pluie de bruits, menues mesures de choses antiformes. Encerclées et effondrées, ce sont des multitudes étouffées de la langue avec lesquelles nous jouions.

« Je me souviens d’un livre qu’on ne lit plus… »

S’agissait-il de  « La langue » d’Olivier Rodin ?

… étions passés à autre chose, à la langue des choses, au jeu de l’écriture, liaisons et  multiples possibles. Un moment privilégié qui jamais ne nous lassait.
Quand la fin de la rencontre sonnait,  nous prenions un nouveau rendez-vous.
L’année prochaine, il s’agirait peut-être de Montpellier.
26/01/2005


Des couleurs données, le jaune, le rouge, le blanc, l'acier. construire un texte à partir de ces mots

 

ELLE.

La banane aime le jaune. Elle broie  du noir. L’acier rougit
Le rouge badigeonne le blanc. Le blanc devient rouge.
Le rouge et le blanc,  le feu l’acier, la vie consumée.
Le froid bleuit ses joues.
Ses joues sont gelées.
La gelée blanche du matin.
Le matin elle frotte ses joues blanches contre les siennes pour s’imprégner de son parfum.

Joues gelées sans parfum mais pas sans odeur, ils boivent du vin, rouge ou blanc, qu’importe… simplement se réchauffer. Malgré le froid tenace, ils sont là. Pas le choix. Ils attendent un regard, un geste compatissant, qui jamais ne vient. Seuls quelques œillades dégoûtées sur leur banane pourrie ou sur leurs bouteilles vides leur rappellent qu’ils sont en vie. Ils broient du noir. Quelquefois l’acier glacé vient ajouter  la douleur à leur corps bleuit . Rixe de quartier qui n’intéresse personne. Rouge sang abandon.
Le courage les a quittés, la rage,  abandonnés, seuls les cartons sont restés. Couverture de fortune, feu de fortune qui parfois réchauffe le cœur.
Quelquefois, ils quittent leurs abri, dignes, et se mêlent à la foule. Mais leurs joues rouges sont un signe de reconnaissance : catégorie déclassée.
« Une petite pièce madame ? ». Que dalle, rien, c’est pas la bourgeoise qui te paiera ton canon.
Canon bleu acier qui aime le rouge,  pour qui broie du noir et boit du blanc.

19/01/2005



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Dernière mise à jour de cette rubrique le 19/05/2008

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