MONTPELLIER –ANGOULEME,
novembre 2002. I -
Elle porte trois sacs
trop lourds, pendant que les gamins équipés de sac à dos trottinent derrière elle. Vite, il ne reste que très peu
de temps pour changer de quai. ascension chaotique du marche pied, personne ne
manque à l’appel, chercher le wagon. Ils sont montés en tête, leur wagon est en
queue. Se frayer un passage, train bondé à cause des vacances scolaires. Voilà
le compartiment, voilà les places réservées. Deux sur une banquette, un de
l’autre côté du couloir. Le train a déjà démarré. Le calme règne, les enfants
jouent à un jeu de société. Elle, rêvasse en regardant le paysage par la fenêtre. L’angoisse la gagne, et si cela se passait mal ? Le roulis berce sa
rêverie, elle se détend peu à peu. Le temps s’assombrit. Bordeaux : il
pleut. Une heure d’attente dans le hall de gare, inconnus qui défilent, temps
qui s’écoule, haut parleur annonçant les
arrivées en gare. Ambiance inhabituelle. Nouveau train pour les trois heures restantes. Passagers qui montent et
qui descendent. Où vont-ils ? Qui vont-ils retrouver ? Questions que
l’on ne se pose jamais. Visages qui disparaissent derrière les vitres, emportés
au loin par la foule. Sourires qu’on ne verra plus jamais, rencontres
éphémères, comme elle les aime.
Seize heures :
Angoulême. Ils sont trois sur le quai, ils sont trois à descendre pour les
retrouver. Embrassades, accolades, ils deviennent à leur tour quidam
disparaissant dans la foule.
MONTPELLIER-ANGOULEME –
II –
Pas si vite maman !
Elle court presque avec ses trois sacs sur le dos. Je n’ai pas pu l’aider,
c’est un peu lourd. Voilà le train, mon petit frère et moi accélérons le pas
pour ne pas perdre maman qui court presque. Elle fait monter le plus petit de
nous deux et se précipite derrière lui
en m’entraînant avec elle, elle a tellement peur que je reste sur le
quai ! Maman nous explique que nous allons devoir traverser le train, nous
sommes montés en tête et notre compartiment est en queue. C’est plein de monde.
Il y a des gens qui ont de drôles de têtes, tiens celui là avec ses grosses
moustaches ! On se faufile dans les couloirs. Enfin ! mon frère et
moi, on s’installe cote à cote. Maman est de l’autre côté du couloir. Nous
avons déjà soif, elle se lève et prend le sac, en profite pour nous donner des
provisions, au moins elle est sûre qu’elle aura la paix un petit moment. C’est
sympa finalement le train, on est libre d’aller et venir, enfin pas trop, car
maman n’appréciera pas. Super, je découvre les toilettes, il y a plein de monde
devant, mais je pense qu’ils vont se pousser. Ca fait un bruit bizarre là
dedans, je ne vais pas m’éterniser. Je suis content de ce voyage, je vais
retrouver ma cousine.
La petite fille derrière
nous n’arrête pas de se lever et de nous faire des grimaces. Elle nous
saoule ! Sa mère lui dit de se tenir tranquille, mais elle n’en fait qu’à
sa tête. Bordeaux . Je ne sais pas combien de villes nous avons
traversées, mais c’est marrant tous ces noms qu’on entend. Nous avons changé de
train, c’est mieux nous avons un carré
que pour nous. La petite fille n’est plus là et c’est tant mieux. On s’amuse
bien, on a pas besoin d’elle. Maman nous demande de regarder le paysage de
temps en temps, mais nous on ne voit rien, ça va trop vite, et on s’en fiche un
peu. Elle hausse les épaules et se retourne vers la vitre.
Angoulême – Angoulême
tout le monde descend. Nous y voici.
MONTPELLIER – ANGOULEME –
III –
Quai de gare, gris,
triste. Affichage électronique des départs et des arrivées. Moi assise,
j’attends avec mes deux enfants.
Il arrive.
Debout pour récupérer les
trois sacs trop lourds que j’ai emportés.
Je cours presque alors qu’il
vient d’entrer en gare. Les garçons me suivent tant bien que mal. Je jette le
petit à l’intérieur et attrape le grand par le blouson de peur d’en laisser un
sur le quai. J’ai toujours eu peur que le train parte sans moi !
Le train est noir de
monde, des gens heureux de partir en vacances. Nous avons traverser tout le
train pour trouver notre compartiment, heureusement que j’avais réservé les
places. Enfin assis, le train a déjà quitté la gare. Sète, Agde, Beziers, déjà
je regrette d’avoir entrepris cette petite escapade. Je ne sais pas comment
cela va se passer là bas. Je m’en fous, si c’est pas génial, j’écourte.
Narbonne, à partir de là, je n’entends
plus le nom des villes, je suis plongée dans ma rêverie, je regarde par la
fenêtre, mais je ne vois pas le paysage. Seul le temps capte mon attention, car
le ciel devient gris, presque noir, comme mon moral. Les enfants assis à côté
sont sages, je suis agréablement surprise. J’ai bien fait de ne pas prendre la
voiture. Je sors mon bouquin, j’ai oublié le titre, et n’en sors plus la tête
jusqu’à Bordeaux qui nous accueille sous la pluie. Halle de gare spacieux, je
reprends confiance. Nous changeons de train, il nous reste trois heures encore,
je n’ai plus envie de lire. Simplement me détendre. Me dire que ce sera un
super séjour et que la ville sera à la hauteur des mes attentes. Je somnole en
gardant un œil sur les enfants. Je ne prête pas attention aux autres, je
n’entends pas vraiment les discussions, on dirait que je suis ailleurs. C’est
une sensation de bien être qui me gagne. Enfin. Angoulême. Ils nous
attendent sur le quai, ma sœur est resplendissante, lui, égal à lui-même. La joie de ma nièce me donne du courage. En
route !
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